Chandler

La critique de l'usager


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Dans un monde moderne où le rêve est prescrit ou doit obligatoirement relater à un bien de consommation, financé par mensualités, c’est rafraichissant de voir cette analyse d'un subconscient individuel différent de cette norme et d'une imagerie qui se rapporte à l'artiste et sa place dans l'univers. Ce violoniste de renom qui habite dans un Téhéran représentant le vieux monde semble avoir passé sa date "Meilleur avant" tel que perçue par une société toujours intransigeante et il sent l'incompréhension à sa condition humaine, la futilité de sa vie et reconnait qu'il est devenu obsolète selon les paradigmes dominants d'une société matérialiste. Lui-même aussi, s'est transformé aussi un peu en être matérialiste car il oublie que l'important c'est avant tout son talent et sa sensibilité et non pas juste le violon détruit. Il semble être un artiste profondément égoïste voué à son art. Ce film me fait penser à Jean Jacques Rousseau qui se sentait à un moment tellement incompris par une société qui ne voulait plus de lui. Le seul clip qui semble ne pas cadrer avec ce film est la modernité américaine ultra-consommatrice de son fils aux États-Unis, peut être pour créer cette opposition entre ce monde onirique de l’artiste versus ce monde moderne plus matérialiste où la culture doit se réchauffer aux micro-ondes pour une consommation superficielle et rapide. Ce film, issu d'un conte de fées, a plusieurs degrés de lecture mais un de ses messages dérangeants, c'est que l'oisiveté et la liberté individuelle n'est plus tolérée alors qu'il est question des obligations quotidiennes, d'enfants, de survie et de parentalité responsable. Ce discours devient actuel d'autant plus que nous devons rebâtir un monde où la surconsommation collective devra vite être remplacée par un une prise de conscience collective dans un monde extrêmement chronométré et interdépendant. Le recueillement individuel et la conscience individuellement sont vite remplacés par des normes de conduite imposées afin que l’être humain "ne constitue pas un danger pour les autres, ni lui-même" selon le langage judiciaire actuel. Dans le monde turbulent, les virages économiques font beaucoup de victimes. Ainsi, on risque d’avoir de plus en plus de citoyens désillusionnés qui risquent de décrocher suite aux échecs (perte d’emploi, saisi de maison, épidémies de cancer) dans un système imparfait aux échéances quotidiennes où l’individu est broyé et n’a plus vraiment sa place. Comme pour mal paraphraser Einstein, cela arrive quand la technologie est trop en avance sur l’humanisme ou quand l’homme sublime totalement son cœur par la raison. Il ne faut donc pas sous-estimer l’importance de l’art pour nous garder connecté avec l’incompréhensible en nous. Je commence à comprendre un peu l’autochtone et son spleen existentiel qui caricature bien cette fracture entre l’homme en son être profond et cherche refuge en la Nature mais qui reconnait un monde spirituel. Charlie Chaplin avait bien illustré les conséquences de cette surindustrialisation dans son film où Charlot est pris dans l’engrenage d’une machine. Ce film fait deux fois un clin d’œil à Socrate, qui croyait qu’un renouement avec notre for intérieur donnerait les réponses ' à tous nos problèmes versus Nietzsche, plus humble, qui reconnait un peu la futilité de l’exercice et l’insignifiance humaine dans le grand schème des choses. Tout deux se suicidèrent un peu comme la plupart des mathématiciens qui ont essayé de comprendre la Notion de l’infini, exercice futile et sans issu. Ce qui est rafraichissant et rassurant tout de même, c’est qu’un film qui explore ces thèmes difficiles, puisse exister, et contraste avec Hollywood qui célèbre souvent le bling et le superficiel et assure toujours un dénouement heureux. C’est peut-être un film idéal avant une discussion philosophique et existentielle de la condition humaine. Les thèmes comme la genèse de l’art, le rôle de la souffrance, l’altruisme, l’égoïsme et les impératifs de la parentalité sont notamment explorés avec brio.

8/10ewert-andre@ - 66 critiques
20.6.2012 - âge: 50+ - Une réponse


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